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Qu'est-ce [vraiment] que le leadership ?

Dernière mise à jour : 22 août 2020

Le leadership est servi à toutes les sauces, sa définition est à géométrie variable et évolue selon les objectifs de chacun. Il est néanmoins reconnu pour être le moyen le plus puissant pour entraîner, fédérer, mobiliser des personnes en vue d'atteindre un objectif commun et partagé. Ce qui fait consensus, c’est que le leadership est un concept particulièrement lié à la capacité de relation et d’influence. Mais qu’est-ce qui fait un leader ?



Comme le dit Dale Carnegie, la réussite d'une organisation est due pour 15% aux compétences techniques et pour 85% aux compétences humaines, à la personnalité et aux qualités de leader. Or, actuellement plus que jamais, les relations humaines sont le problème le plus important à résoudre pour le succès des organisations. Voici ce qu'en disent les spécialistes.


Ce que le leadership n'est pas.

Ni une technique de management, ni une méthode de manipulation comme on le voit trop encore enseigné même dans les plus grandes écoles de commerce. Le terme leadership est à la mode, tout le monde s’en empare pour vendre ses produits mais en ramenant le sens à quelque chose de compatible avec les techniques d'enseignement traditionnelles.


La relation interpersonnelle est la clé du leadership, et cela part de soi.

Nous partageons pleinement la pensée de Peter Druker : « Je n'enseigne plus comment diriger les autres... J'enseigne surtout comment se diriger soi-même ».

On a naturellement une perception assez claire du leadership, puisqu’on sait intuitivement reconnaître un leader, mais expliquer précisément pourquoi c’est un leader n’est pas si simple. Finalement on n’en croise pas si souvent que ça au cours d’une vie professionnelle. C’est bien dommage. Pour ma part, c’est quand mon boss était un leader que mes résultats ont explosé : j’étais en confiance, il mettait toute sa personne, son statut, son pouvoir, ses relations, pour résoudre les problèmes qui me dépassaient et m’aider dans ma mission. Et je la réussissais. Et par rebond lui aussi. Que du bonheur.


Reconnaître un leader est une chose, en devenir un en est une autre, nous traiterons ce point dans un post ultérieur.


Qu’est-ce que le leadership ?

Le leadership est un comportement centré sur des valeurs personnelles affichées. Ce qui est exigeant et difficile. Il n’a strictement rien à voir avec la compétence professionnelle ou une technique de management. Il ressort de la dimension de l'être et tend vers le bien, le beau le vrai (la définition même du mot valeur). C’est pourquoi le leadership est admiré par les populations ou les équipes et entraine la mobilisation : avoir des valeurs, les annoncer, les réaliser implique une force d’âme et un courage qui force à l’adhésion. Le leader est reconnu pour avoir cette force. C’est grâce à cette force que les leaders inspirent, entraînent, provoquent la confiance et l’engagement.


Il ne coute rien d’adhérer à des valeurs.

On peut même jouer l’imposture de les vivre de manière insincère mais ce qui est le plus exigeant, c’est de les vivre vraiment. Là est toute la différence. Seul celui ou celle qui les vit concrètement au quotidien est un leader véritable capable de susciter adhésion et mobilisation autour de lui. Une valeur non incarnée est au minimum inutile et plus souvent contre-productive puisqu’elle provoque incompréhension et inquiétude quant à une trahison possible.

Par exemple, si un cadre ment à son client pour obtenir un contrat, son subordonné perdra confiance en lui car il sait son manager capable de lui mentir. De plus, la vérité sortira tôt ou tard et que le client se sentira trompé et perdra confiance lui aussi. Dans la même veine, si un manager vante ses équipes commerciales comme son atout essentiel et qu’il met en parallèle en place un programme de vente en ligne n’entrant pas dans le commissionnement des commerciaux, il risque de provoquer des sentiments de trahison ou d’abandon, voire de rejet.


Un pour tous et tous pour un.

Le leader a annoncé préalablement son système de valeurs ; ainsi, il va produire l’adhésion par la preuve de ses actes. Et ce sont des actes engagés et inhabituels qu’il n’est pas forcément aisé de suivre.


Cela implique une forme de lâcher prise qui pourrait sembler inconsciente. En annonçant ses valeurs, on se ferme des options qui seraient plus efficaces en cas de crise. En apparence. Seul le leadership basé sur des valeurs personnelles permet d’obtenir de la part des équipes ce supplément d’âme qui rendent l’organisation plus efficace, créative, réactive, flexible et productive et permettra de dépasser les circonstances inconfortables et difficiles à l’avenir. Le leadership est le SEUL moyen d’obtenir de ses équipes qu’elles « mouillent le maillot » et « fassent corps » en cas de coup dur.


L’effort de la part du leader, est précisément à concentrer sur le choix et l’incarnation des valeurs.


Quelles sont ces fameuses valeurs?


Une vision inclusive et respectueuse du monde qui nous entoure

Déjà en 1957, Philip Selznick analysait que les organisations ne peuvent grandir que lorsque les dirigeants leur insufflent des valeurs. Il a promu le concept de « leadership responsable » qui est décrit comme « un mélange d'engagement, de compréhension et de détermination ».

Les valeurs sont les principes directeurs de nos vies ; elles posent une direction de vie, une perspective de croissance, une vision ; mais également des limites infranchissables qui peuvent parfois sembler obtuses et contre productives car ces limites peuvent potentiellement ralentir la croissance de l'entreprise. Certes. Dégazer en mer coûte moins cher que de faire nettoyer ses cuves au port et à l'avantage de ne pas immobiliser le bateau. Si on est dans une optique court termiste c'est probablement vrai, mais le leader ne peut être dans cette catégorie, car il œuvre en considérant l'ensemble des parties prenantes. Il est le ciment qui lie les matières pour composer le béton. Le catalyseur de ce béton, sont ses valeurs .


Sacré Milton!

Mais voilà qu'en 1970 Milton Friedman passe par là, annihilant toute pensée relative à la responsabilité humaine des dirigeants pour en faire des exécutants au service des actionnaires en vue de maximiser les profits. Faire du profit pour les actionnaires est tout à fait normal si l'on considère l'ensemble des parties prenantes que sont les actionnaires, les salariés, les clients, l'environnement... Mais à ne considérer que cet objectif, le piège se referme sur les actionnaires eux-mêmes car les autres parties prenantes se révoltent plus ou moins pacifiquement. Nous vivons une période intéressante de transformation managériale et sommes sur le point de revenir finalement à des choses plus simples et saines, mais qu’il nous faut redécouvrir. La toute-puissance supposée de la finance est en fait un épiphénomène temporel qu'il ne faut pas craindre de quitter, dans le but de défendre l'ensemble des parties prenantes, y compris la finance elle-même dont la vision longue distance semble touchée de myopie. Voyons plus loin.


Quelles valeurs?

Vivre ses valeurs est l'un des outils les plus puissants dont dispose le leader pour diriger et influencer les autres. Car le leadership entraine par l’influence. Non par le pouvoir.

Voici sept valeurs humaines propres au leadership (1) :

valeurs propres au leadership : respect, humilité, courage, intégrité, sagesse, service, différence, authenticité

Ce sont des valeurs très humaines, ce qui peut sembler paradoxal tellement on nous explique que la performance des dirigeants est affaire de machine de guerre surarmée et équipée d’une armure en kevlar, mais certainement pas affaire de cœur et de sincérité.


Il faut reconnaître que ces valeurs sont le fruit d'un certain effort même si elles sont naturelles.

Adhérer à ces valeurs est une chose, les appliquer concrètement en est une autre, bien plus engageante. La mise en pratique de ces valeurs est dépendante de la capacité à dominer ses instincts dirigés par l'inconscient par l'acte conscient, issu de la liberté de choix, piloté par la volonté.


Implication de ces valeurs

Ces valeurs de leadership sont liées par trois concepts clés propres au monde professionnel :

Leadership basé sur des valeurs : cause, sens, relations, personnes uniques

Le leadership EST centré sur les valeurs

Les dirigeants deviennent des leaders efficaces lorsqu'ils sont enracinés dans ce qu'ils sont et ce qui compte le plus pour eux. Lorsque le leader se connaît vraiment, il est beaucoup plus facile pour lui de savoir quoi faire dans n'importe quelle situation. Il y a donc dans le développement du leadership une dimension personnelle importante que l’on ne pourra pas laisser sur le pas de la porte des organisations plus longtemps. Cela est contreproductif car impose un focus sur les techniques de management où les plus grands manipulateurs excellent.


Dans cette optique, les quatre comportements particuliers de tout leader identifiés par Harry Kraemer me semblent très pertinents :

· La conscience de soi. Le leader se maîtrise et s’assure de rester branché à ses valeurs personnelles. C’est le sens de la responsabilité personnelle.

· L’équilibre. Le leader collecte toutes les informations objectives avant de décider et agir. Qu’elles fassent plaisir ou pas. J’ai vu tellement de décisions d’arbitrages prises sans consultation de toutes les parties au cours de ma carrière. C’est la base de la vertu de prudence.

· La véritable humilité. Le leader n’oublie pas qui il est, ni d’où il vient. Par son humilité il valorise et traite chaque personne avec respect.

· La véritable confiance en soi. Le leader s’accepte tel qu’il est, il reconnaît ses forces et cherche à progresser. Nécessite l’humilité sans quoi on vire vite dans la toute-puissance.


Le leadership basé sur les valeurs ne consiste pas à la satisfaction de l'ego mais à aider les subordonnés à réaliser leur mission. Ces dirigeants trouvent satisfaction et épanouissement en offrant à d'autres la possibilité de réaliser leurs objectifs et leur potentiel. Par rebond, ils accomplissent leur propre mission et remplissent leurs objectifs.


Walk the Talk

On observe aujourd’hui une perte de confiance vis-à-vis de l’autorité en raison de l’écart observé entre les promesses et les actes. Cela est vrai en politique depuis longtemps, et arrive dans les entreprises avec les générations les plus jeunes, moins dociles que les quadras, provoquant perte de mobilisation et dégagisme aux effets de bord innombrables et économiquement problématiques.


Seuls les leaders ayant des valeurs et les vivant quotidiennement permettent aux employés de s'épanouir pleinement tout en améliorant leur productivité, leur créativité et les rendements financiers de l’organisation qui les emploie.


C’est la raison d’être de Revelacio


Références Infographie

1. Vilma Žydžiūnaitė : Leadership Values and Values Based Leadership


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